Trois stations

Alma
Son regard est entré dans le métro et dans le mien.
Écouteurs vissés aux oreilles, pull directement posé sur son corps fin, manches remontées aux coudes, slim noir qui laisse deviner des cuisses taillées.
Un léger sourire naturel illumine son visage marqué par des tempes saillantes.
Ses yeux, uniques, dévisagent mes cheveux, jusqu’à mes sneakers que j’ai honte de n’avoir pas nettoyé.
Je n’ose pas lâcher sa présence du regard, de peur qu’il ne disparaisse.

Iena
Je crois que je souris aussi.
Seulement pour lui.
D’ailleurs nous ne sommes plus que deux dans ce wagon qui traverse une faille émotionnelle, perdue là d’où on ne voudrait jamais revenir.
Sans doute ne sommes nous que deux sur Terre. Si la Terre existe encore. Si l’existence même existe.
Solipsistes par la force des yeux, nos présences se suffisent.

Trocadéro
Par une force que je ne maîtrise pas, son regarde s’amenuise et s’éloigne.
Sa présence régresse.
La réalité surgit dans un signal sonore à la violence pourtant si commune.
Coupé par deux portes qui claquent, notre union visuelle dure le temps que l’espace nous sépare.
Éphémère bonheur sans lendemain.

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