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Les mots : la mort

27.
Tout le monde meurt. J’en ai pris connaissance par un jour ensoleillé où l’on m’a dit « Mamie Jacqueline est morte ». C’est abstrait la mort. Devant moi, le banc en bois qui est dans l’allée. Il finira dans le cellier. Depuis il a disparu. La balançoire également, avec ses anneaux qui ont eux aussi disparu. Ca c’est concret. La mort c’est abstrait. Un mot, des films, des livres. Quelques jours après la mort est devenue un cadavre froid, marqué, avec une perruque, blanc, qui avait pris la place de Mamie Jacqueline. C’est la mort. La mort c’est quand quelqu’un que t’aimes s’en va et qu’il et reste ça à la place. Les souvenirs de Mamie Jacqueline étaient avec moi : quand je jouais à Super Mario Bros 3et qu’elle faisait sauter sa manette en même temps que le personnage, le mot « apéro », les Kinder Surprise, le CD de Serge Lama avec Les Glycines, le Mickey (jouet roulant sur lequel on peut s’asseoir). Je l’ai ressuscité pendant des jours et je pensais fort à elle pour ne rien oublier. Au moment de les écrire, je me rends compte que beaucoup de souvenirs sont confus et qu’encore plus ont disparus. J’aurais du les écrire avant. Peut être que les mots auraient pu ramener une quelconque sensation avec eux.
En rentrant un jour chez moi, j’ai retrouvé ce chat-oreiller en peluche qu’elle m’avait offert quelques semaines avant de partir. Jamais je n’avais donné autant de valeur particulière à un souvenir de vacances. Je ne sais même plus d’où il avait été ramené. Soudainement son importance physique est devenue vitale, un objet que je pouvais toucher, qui était à elle. Bientôt vingt ans après, je l’ai encore.
La mort ne m’a jamais lâché. Famille, amis, collègues. Je suis allé à cinq fois plus d’enterrements que de mariages. Et un jour, le message est passé : je vais mourir aussi. Pas tout de suite j’espère. Mais ça viendra, comme les autres. Jamais ça ne m’était venu à l’esprit avant. Pas là. Mais comme ça. Un jour, ça sera mon tour. Et si je mourrai demain, que resterait il du petit garçon qui voulait changer le monde, faire des films ou des livres ? Être le plus jeune à… Être le premier à… Mon obsession quand j’étais adolescent. Trois jours entiers à réfléchir à ça. A moi. Qu’est ce que je pourrais bien laisser quand je serai devenu un cadavre froid et blanc à qui on parlera pour lui dire ce qu’on a oublié de lui avouer avant. Alors quoi ?
C’était à l’été 2007. Ma vie venait de changer. Je savais qu’il y aurait un avant et un après, que moi même que je saurais expliquer. Alors j’ai écrit.

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